La passion du cinéma
Des docus
Les deux salles de la villa Lumière sont souvent le théâtre des documentaires. J’y ai vécu un moment fort avec la projection du doc sur le tournage d’Apocalypse now de Francis Ford Coppola. Monté à partir des 60h d’images tournés par la femme du réalisateur, le film raconte la malédiction de ce tournage apocalyptique de 200 jours : 1 typhon qui fera 200 victimes, la crise cardiaque de Martin Sheen… Bref, Heart of darkness, au cœur des ténèbres est ultra prenant et on en ressort en espérant pouvoir revoir le film qui obtint la Palme d’or en 1979 dans une prochaine édition du Festival. C’est ça aussi le Festival : donner envie de voir et revoir !


Le lendemain, retour au hangar où mon accoudoir s’appelle Carol Reed. Au programme un ciné concert au piano que je tente d ne jamais rater. C’est un tel privilège de voir un film muet dans ses conditions et souvent c’st une séance unique. Les filles de Kohlhiesel, film de Ernst Lubitch de 1920, adaptation de la Mégère apprivoisée. La partition de Didier Martel au piano appuie les émotions et c’est un plaisir sans fin d’entendre une salle rire à un film qui a plus d’un siècle !

Le cinéma c’est la vie…
Dans la bonne humeur je file dans une petite salle de la villa Lumière de l’autre côté du jardin pour voir Dis pas de bêtises que Vincent Glenn consacre à son père Pierre-William, chef op du cinéma français reconnu et fidèle du Festival. On s’était habitué à voir sa silhouette mi cow-boy, mi biker dans les allées et il n’avait pas la langue dans sa poche pour défendre son point de vue sur un plan ou un mouvement de caméra. Le docu est une sorte de road trip entre le père et son film avec un Pierre-William déjà très affaibli. On sent que l’un cherche des réponses et que l’autre ne va pas forcément les lui donner. C’est très émouvant et l’échange avec le fils réalisateur le sera tout autant.

En route pour le Prix…
Pour se remettre de ses émotions rien de tel qu’un tour à vélo (vous suivez ?) et on peut traverser le parc de la Tête d’or sans sauter de la selle. Dans les couleurs d’automne, l’exposition consacré au fameux Chat de Philippe Geluck est parfaite pour remettre un sourire sur visage. Je tire tout droit pour rejoindre la cité internationale où le Prix lumière va être remis à Michael Mann.

Camélia Jordana suspend le temps en chantant à cappella devant une salle comble et accomplit l’exploit de faire pousser la chansonnette à tous les spectateurs ! Isabelle Huppert qui avait reçu le prix l’an passé est revenue pour remettre le prix.

Séance de rattapage

On poursuit par la projection du dernier film du maître (sorti directement sur une plateforme !!!) qu’il consacre à Enzo Ferrari avec Adam Driver dans le rôle-titre. Le scénario a été écrit à partir des journaux intimes retrouvés des années après son décès par son fils Piero dont il est aussi beaucoup question dans cette version. Après toutes ces émotions, je ne rentrerai pas me coucher à la vitesse d’une Ferrari puisqu’il me faudra trouver un vélo en accès libre ce qui est plutôt mission impossible à cette heure tardive !

Inauguration…
Le lendemain, samedi il est de coutume de retrouver le lauréat pour inaugurer sa plaque dorée sur le mur des cinéastes et pour tourner sa version du premier film de l’histoire du cinéma à l’endroit même ou il a été tourné… à la sortie du hangar, dans l’actuelle « rue du premier film ». Ne cherchez pas, un panneau indique précisément l’emplacement. Sous un soleil enfin radieux Michael arrive avec son body Guard à la barbiche blanche et Miss Huppert lui emboite le pas.

Silence demandé

ça fait quelque année que j’ai le privilège d’assister au tournage de la sortie des usines et chaque lauréat a tourné 3-4 prises. L’installation est longue, les invités qui seront les figurants sont parfois dissipés, il faut les briefer, attendre que les conditions de lumière soit ok et à ce moment le lauréat pourra crier Moteur…Action ! Après chaque prise tout le monde retourne dans la salle du hangar pour visionner la version captée et le réal choisit si elle lui convient ou s’il veut faire une variante. Tout cela prend du temps et une belle foule entoure tout l’espace. Michael doit être perfectionniste, il a fait 6 prises ! J’ai cru qu’il allait demander à ce qu’on mouille le sol pour avoir des reflets comme dans ses films 😉

Un dernier pour la route…
Un dernier tour à l’auditorium pour un ciné concert : la charrette fantôme de Victor Sjöström de 1921, superbe drame fantastique dont l’histoire se déroule au st sylvestre quand sœur Edit, mourante, ne souhaite qu’une chose : revoir David Holm, un de ses anciens protégés. La dramaturgie est portée à son apogée avec l’orgue dont les notes inondent la salle.

2025 aura encore été une belle édition pleine de découvertes et de redécouvertes, toujours sur grand écran dans des salles pleines ce qui est le plus grand des plaisirs au cinéma !
A l’année prochaine !
Merci à tous ceux qui rendent tout ça possible : So, Lou, Ra, Brice and Cie, Vic, Monique et Bob, Liliane, Annick et la Miam Team, Nathalie & Blanche, qui met toujours des étoiles dans mon festival !


