Festival lumière

Festival Lumière 2025

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17e édition

Un festival pour tous

Vous êtes passionnés par le cinéma et vous n’êtes jamais allé à Lyon en octobre ? WTF ! Chaque année depuis maintenant 17 ans, la ville qui a vu naître le cinéma, célèbre le 7e art de la plus belle des façons : dans les salles obscures. A chaque édition le public s’étoffe un peu plus et je ne sais pas si c’est parce que je vieillis mais je suis ravie de voir de plus en plus de jeunes (l’accréditation pour les moins de 26 ans est gratuite, contre 14€ pour les autres !) A l’heure de la multiplicité des supports de visionnage, aller à Lyon c’est ressentir le plaisir de voir ou revoir des films sur grand écran, tous ensemble, toute génération confondue et savourer l’émotion collective. Vibrer, rire ou pleurer ensemble dans un même lieu, plutôt cosy, où, miracle, le téléphone n’est pas le bienvenu. J’y retourne chaque année depuis 2015, toujours avec la même envie : faire un formidable voyage dans le temps, en sautant d’un siège à l’autre, d’un cinéma à l’autre, à coups de pédale, sur un VéloV. C’est mon Festi’vélo à moi et je souhaite à tous de venir y tenter l’expérience puisque c’est un festival POUR TOUS !

Mon RDV annuel

C’est comme un rituel, à peine le sol du quai lyonnais foulé, je file à l’Institut Lumière qui abrite le temps du festival le village, sorte de centre névralgique de cette semaine cinéphilique. Je salue les frères Auguste et Louis qui s’affiche en grand dès le portail franchi et je file chercher mon accréditation. Je me jette littéralement sur un guichet caisse où une personne souriante va tenter de satisfaire mes envies de films. Je suis plus sereine qu’il y a qq années, je sais que quoi qu’il arrive je tenterai ma chance en last minute et qu’en cas d’accès le plaisir en sera plus intense ! Une fois mon sésame en main, je peux déambuler dans le jardin, aller dire bonjour au hangar (oui je suis comme ça !), me poser au café juste en face et c’est mon alarme qui me sortira de mes rêveries pour sauter sur un VéloV direction la Halle Tony Garnier. C’est là qu’a lieu la Cérémonie d’ouverture où 5000 spectateurs et une belle poignée d’invités vont déclarer ouvert cette 17e édition.

C’est parti !

Le film d’ouverture c’est Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman (1975), et c’est Sean Penn qui a fait le voyage pour nous en parler. Et pour donner un air rock’n’roll à cette édition, le jingle a pour thème le Glory day de Springsteen (on connait l’admiration de Frémaux pour le rockeur américain). D’ailleurs, c’est Jeremy Allen White qui interprète le rocker dans le biopic éponyme, présenté en avant-première, qui ouvre le festival. Springsteen everywhere !

Découvrir…

Le lendemain, j’attaque mes séances par La dernière marche de Tim Robbins (1995). Film très fort sur la peine de mort qui voit s’affronter deux immenses acteurs, Susan Sarandon et… Sean Penn, qui descend devant l’écran à la fin du film sur la musique du générique de fin « Dead man walking » de… Springsteen ! Et de deux !

Redécouvrir…

J’abandonne Sean et sa voix rocailleuse, pour rejoindre d’un coup de VéloV le Pathé Bellecour où j’ai RDV avec Natalie Portman, perché sur ses talons, pour évoquer son travail de productrice du film Arco (déjà primé au festival d’animation d’Annecy). Les regards complices avec sa coproductrice Sophie Mas en disent long sur leur implication. Le film est une fable futuriste autour de l’évolution écologique, c’est coloré et bien écrit, dommage que la musique évoque un peu trop l’univers de Miyazaki. Pas le temps d’analyser, je saute sur mon cheval à pédale, direction le grand auditorium où Miss Portman a donné RDV à une salle pleine pour une conversation.

Intense

Elle apparait sous les applos intenses, toute petite sur la grande scène en ballerine et jupe courte façon tutu. Face à un Thierry Frémaux, assez expéditif, elle évoque sa carrière et ses engagements et bien sûr le tournage de Black swan pour lequel nous sommes tous réunis. C’est ça aussi le plaisir du Festival Lumière : revoir des films des années plus tard et poser dessus un autre regard. Avec le recul sa performance d’actrice et de danseuse est troublante.

Ciné pépite…

Autre jour, autre ambiance : il fait gris sur Lyon mais tant qu’il ne pleut pas je roule les veuchs au vent ! La grisaille n’a dissuadé personne et la salle du Hangar à l’Institut est pleine dès la première séance du matin ; J’adore cette salle toute noire aux fauteuils confortables dont les accoudoirs en bois acajou sont marqués d’une plaque dorée mentionnant le nom d’un réalisateur. Ce matin, le hasard m’installe entre Mankiewicz et JP Melville. Je suis bien ! Dans la catégorie « Trésors et curiosités », Béatrice de Pastre, directrice de collection au CNC, nous présente une pépite sortie de l’oubli : le court-métrage de 7 mn de René Clement. Il a 21 ans quand il le tourne avec ses copains du cinéclub. On y voit déjà son imagination, la création d’un univers onirique. Les spectateurs savourent leur chance de le découvrir dans ses conditions uniques.

On enchainera avec le film Ombre et lumière de Henri Calef (1950) tout juste restauré et qui met en cène deux sœurs qui s’affrontent pour un homme. Maria Casarès et Simone Signoret (juste avant le succès de Casque d’or) tombent amoureuse de Jacques Berthier dont je découvre le nom et le visage à la beauté si contemporaine. Je suis très fière de poster son portrait sur Insta, ce doit être sa première fois sur un réseau social et moi j’aime bien les premières fois !

Célébrer…

Le réalisateur Michael Mann recevra en fin de semaine le Prix Lumière et succédera à Isabelle Huppert, Wim, Jane, Tim, Catherine, Clint, Pedro, Ken… J’avoue de pas bien connaître son cinéma aussi je me réjouis de découvrir son premier film Le solitaire (1981), introduit par Laurent Delmas. La salle est full de chez full, il y a même des gens assis sur les marches. Le titre original c’est Thief et c’est un vrai film de braquage où son héros, solitaire qui a les traits de James Caan est sans pitié. La BO est signée Tangerine Dream (allez jeter un œil aux stories IG pour le son !). Ce thème vous dira forcément quelque chose puisqu’il avait servi de générique à l’émission de Laurent Broomhead, Planète bleue. Bon j’ai eu beau chercher pas de trace de ce générique sur la grande toile !

Du culte !

Nouveau jour sur Lyon et toujours pas de soleil. Ce n’est jamais un souci quand on a prévu de s’enfermer dans une salle obscure ! Au Pathé Bellecour, Olivier Barrot, fraichement auréolé du Prix Raymond Chirat, nous raconte sa passion pour Louis Jouvet. L’acteur au phrasé inimitable a joué la pièce Knock des centaines de fois au théâtre avant d’incarner le célèbre docteur au cinéma en 1950 devant la caméra de Louis Lefranc. C’est jubilatoire de le voir au sommet dans ce rôle d’escroc dans cette comédie sur l’apologie cynique de l’escroquerie médicale ! Régalez-vous avec la bande-annonce en guise de mise en bouche…

« Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore »

Moi pour rester en forme, entre deux séances, je pédale donc je suis ! Direction la Confluence via les quais, en longeant les péniches pour retrouver ma team pour un film de Martin Ritt avec Paul Newman, leur 6e collaboration. Un western qui détricote les codes du genre avec son héros solitaires, blanc ayant vécu avec les indiens et qui subit le racisme par procuration. C’est Hombre of course, de 1967, Hombre aka John Russell alias Paulo !

Avant première…

J’abandonne tout le monde et après un dernier sprint en deux roues avec mon gendre, je retourne à Bellecour pour retrouver une femme que j’adore et qui va présenter sa toute première réalisation. In-I in motion (titre imprononçable qui serait bon de changer avant sa sortie #jdcjdr).

Juliette Binoche sur les conseils de Robert Redford venu voir un des 120 représentations du spectacle de danse, IN-I, qu’elle avait créé avec le chorégraphe britannique Akram khan et qui lui avait dit d’en faire un film. 18 années plus tard, l’actrice a monté les rushes que sa sœur, Marion Staelens avait tournés lors du travail de création. Résultat 2h de film : 1h sur l’élaboration et le travail de recherche et 1h de captation de représentation. On est happé par l’intensité de l’investissement des deux protagonistes, l’une non danseuse qui veut danser et l’autre, non acteur qui veut jouer. Le résultat est passionnant, véritable immersion dans le processus de création. On a à la fin qu’un regret : ne pas avoir pu voir ce spectacle en vrai en 2007.

C’est avec la complicité et l’intensité de leur regard que je rentre sur mon vélo dans les lumières de la ville du cinéma.

Actualisation : finalement à sa sortie le film a pour titre En nous.
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