Festival Lumière 2016 : Catherine Deneuve

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Previously in Lyon

Merci Vincent !

Tous ceux qui étaient présents à la remise du Prix Lumière à Catherine Deneuve se souviendront longtemps de l’émotion qui les a envahis lors de l’hommage que Vincent Lindon fit à l’actrice.

Le voici !

Elle parle à toute allure, comme s’il fallait se débarrasser au plus vite de ce qu’elle a à dire, pour passer à autre chose de plus important.
On se demande même si ce qu’elle a dit, elle l’a dit ! Les autres ont l’air d’être si lents à côté d’elle, parfois même un peu figés, enfin ! Pas tous, pas Marcello, pas Gérard, pas Montand.

Elle est toujours en mouvement, comme le cinéma, elle incarne le cinéma, elle est le cinéma, mais elle, c’est vous, c’est aussi les autres femmes, et vous êtes là ce soir, c’est émouvant pour nous tous, de respirer le même air, de vous regarder si bien porter votre vie, mademoiselle Deneuve.

On a toujours l’impression que vous sortez d’un film pour vous précipiter dans un autre, que vous sortez des Parapluies de Cherbourg, pour aller prendre Le dernier métro, et les stations défilent, Belle de jour, Répulsion, La sirène du Mississippi, Un conte de Noël, La Chamade, Le sauvage, Hôtel des Amériques et celui qui conduit la rame s’appelle Jacques Demy, Buñuel, Truffaut, Polanski, Téchiné, Rappeneau, Desplechin, Cavalier, et sur le quai nous sommes là, on vous regarde et vous nous apercevez.

C’est vous qui, à une époque où l’on pose cent mille fois par jour, la question du rôle des femmes dans la société, par vos rôles légendaires d’amoureuse, de sœur, de mère, de femme au travail, c’est vous qui y répondez, comme par évidence.

Vous avez réussi à ce que l’on n’ait plus besoin de dire votre nom : “Ah, tiens dis donc, j’ai vu Catherine hier soir qui m’a raconté ceci.” “Je te signale que c’est Catherine la première qui a fait cela… Ah ! ben si, parfaitement !” “Ah, ben, si tu vas à Venise, tu croiseras peut-être Catherine, elle y va aussi.” “Ah non, pour Tokyo, Catherine a finalement dit qu’elle n’irait pas.” “Mercredi ! Mais mercredi je serai pas là, je vais à Biarritz sur le tournage de Catherine.” Ce n’est plus le tournage du metteur en scène, c’est le tournage de Catherine, et il y a 360 234 Catherine en France, mais en fait il n’y en a qu’une, l’aiguille est sortie de la meule de foin, on ne voit plus qu’elle.

Gérard Depardieu disait : “Catherine, c’est l’homme que j’aurais voulu être.” Moi, je voudrais vous dire que vous êtes un peu plus qu’une femme, nous les acteurs qui sommes parfois un peu moins qu’un homme, à moins que ce soit Robert Mitchum qui ait dit cette phrase, et que je lui ai volée…

[CD]  : Vous devriez vous mettre de la crème dans les cheveux, mon petit garçon, vos cheveux sont un peu secs, et si vous avez besoin, je connais un shampooing à base de plantes, formidable, vous m’en direz des nouvelles, vous devriez vous en occuper, je regarderai ce soir en rentrant du tournage s’il m’en reste, sinon téléphonez à Judith, vous dites que vous appelez de ma part, je la préviendrai avant de votre appel, c’est formidable, vous verrez…

[CD]  : Décidément vous n’avez jamais de cigarettes sur vous, vous êtes drôle… vous me faites rire.
[Vincent Lindon] : Pardon Catherine, mais je les ai oubliées, à chaque fois je les oublie.
Eh ben, vous n’avez qu’à prendre une des miennes.
– Mais vous en avez d’autres ?
Mais oui, pensez-vous, ne vous inquiétez pas, j’en ai plein.
Elle me tend une cigarette ultrafine.
– Mais je vais pas fumer ça quand même ! Ça va paraître un peu bizarre ! C’est pas très sexy !
Ecoutez, vous faites comme vous voulez, en tout cas, moi je m’y suis mise il y a longtemps, j’adore ça, et en plus on fume moins, elles sont plus petites… c’est Marcello qui fumait ça.
C’est sûrement lui qui lui a dit avec son accent italien à couper au couteau : “Ma Katrine ! Tou sé quoi ! Cé quié incroyable avec cette cigarette, cé qué tou peu foume di fois plousss, eh oui, elles sont di fois plou fines…”
[Vincent Lindon] : Ah ! ben je vais en prendre une alors !

Le soir même, j’étais au tabac du coin. “Bonjour, je voudrais une cartouche de cigarettes ultrafines s’il vous plaît. N’importe quelle marque mais tout de suite !”
[Catherine Deneuve] : C’est très joli votre cravate avec une chemise blanche, c’est tout de même plus sexy les hommes en costume, moi je trouve ça tellement plus beau, vous trouvez pas ?
Quelques jours plus tard en croisant un ami : “Tu vas à un mariage ? t’as un rendez-vous important ? mais dis-moi, qu’est-ce qui te prend, tu t’habilles plus qu’en costume maintenant ?”

Ah ! si seulement les discours ça pouvait ne pas exister ! Je sais que rien ne vous déprime plus que l’on parle de vous, mais en revanche ce qui vous plaît, c’est que l’on vous parle des choses qui vous intéressent.  Abelia floribunda, marginata, appelée aussi agave americana, ce sont des petits arbustes exotiques, phalaenopsis, encore des arbustes d’origine asiatique, dendrobium, orchidée asiatique, physalis, ces petits fruits orange entourés de petites feuilles vertes, ça s’appelle “amours en cage”, c’est vous qui me l’avez dit un jour. Acacia dealbata, plus connu sous le nom de mimosa d’hiver, mais le mimosa préféré de Catherine Deneuve, c’est le mimosa pudica, comme son nom l’indique un mimosa pudique, comme vous, dès qu’on le touche, la fleur se referme sur elle-même, donc pas touche à l’intimité… “j’ai reçu des consignes…” mais j’ai quand même le droit à quelques petites incartades, parler de la vie harassante des cultivateurs français qui s’entraînent jour et nuit pour arriver à planter plus de fleurs et plus d’arbres que vous dans une année, et si j’avais autant de cheveux que vous avez de sécateurs, je n’aurais absolument plus besoin de votre crème…

Et quand vous arrivez le lundi matin sur le tournage, avec des petites griffures sur les mains et sur les bras, pas très raccord…, des rosiers que vous avez taillés toute la matinée de la veille, dépoté ce géranium pour le replanter ici, déplacer ce petit arbuste, qui serait mieux là de toute évidence, et je ne parle pas (je vous dis, on m’a donné des consignes très strictes) des quelques végétaux qui passent leur vie à voyager de votre campagne à votre domicile parisien, avec pour certains déjà dix heures d’avion dans les pattes, arrivés du Japon, de Chine, d’Amérique du Sud ou d’Afrique. Eh oui, rentrer à Paris sans une petite plante ça s’appelle pas voyager… c’est tellement touchant, tellement original, et si rassurant, certains devraient en prendre de la graine…

Pour vous rendre heureuse, c’est pas difficile, parler peu de cinéma, mais en faire, parler beaucoup des petits et grands détails de la vie, en essayant de se plaindre le moins possible, surtout se plaindre le moins possible, et enfin vous accompagner pour aller au cinéma, car vous êtes une spectatrice hors pair, pas moins de trois ou quatre films par semaine, en salle évidemment, à la séance de 20 heures avant de dîner, ou à la séance de 22 heures après avoir dîné. Parce que ça aussi, c’est important, très important, manger, rire, parler, boire, fumer, et pourquoi pas fumer deux fois plus ! Eh bien oui ! puisqu’elles sont deux fois plus fines !

Et mettre de la vie partout, même là où il n’y en a pas. Et je ne parle pas des devoirs à la maison, encore deux ou trois heures : des films coréens, chinois, allemands, suédois, argentins, ou tout simplement français, et des documentaires, et des séries. Si ça c’est pas une actrice généreuse qui s’intéresse aux autres, eh ben dites donc !

C’est tous ces petits moments de la vie, avant moteur et après coupé, qui font de vous cette actrice si organique, si incarnée. Vous nous dites sans cesse que la vie sans le cinéma, en fait c’est possible, mais vous nous dites surtout que le cinéma sans la vie, vous ne savez pas faire ! Votre vie passe toujours avant le cinéma, et c’est pour cela qu’au cinéma vous passez avant tout le monde.

Vous connaissez sûrement le jeu qui consiste à dire : si tu étais un animal, tu serais quoi ? Quel animal ? Et si elle était une phrase, elle serait quoi ? Eh bien, elle serait cette phrase qu’on m’a rapportée un jour : “Un pull noir, une jupe noire, et un homme qui vous aime”, c’est ça la féminité, l’élégance, et le talent qui vous habillent de la tête aux pieds.

Je suis probablement l’acteur qui a passé le moins de temps avec vous sur un plateau de cinéma, mais les autres, les très légitimes, n’étant pas tous là, j’ai voulu vous rendre hommage. Entre parenthèses, ça n’est pas votre mot préféré, je le sais, mais on ne va pas faire comme si on ne se connaissait pas !

Quand vous êtes là, ça n’est pas pareil, et quand vous n’êtes plus là, ça n’est plus pareil, mais ce soir vous êtes là, alors je vous le dis : “J’adore Catherine, j’adore Deneuve.” Tout le monde dans cette salle pense la même chose, je ne fais que dire tout haut ce que vous pensez tous ce soir tout bas, je ne suis que le messager. Et comme je suis fier.
On vous embrasse beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, et si fort !
Une dernière chose, il paraît que depuis peu dans notre pays on ne doit plus dire mademoiselle mais madame, mais moi j’aime bien mademoiselle, alors merci pour tout ce que vous êtes mademoiselle Deneuve. »

Bon, j’aurai du vous le dire plus tôt mais vous pouvez l’entendre ici… à 57’37″…

Que c’est bon de dire Merci !

 

 

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